Si le fleuve, dans ses grandes largeurs, semble marquer le contraste entre les deux cités autrefois séparées, Buda et Pest forment pourtant les deux versants inséparables d’une riche identité… Vous remarquerez vite que partout règne un mélange de styles rarement rencontré. Pas étonnant : la ville a été tellement souvent assiégée, brûlée, pillée ! Elle a vu passer les Mongols, les Ottomans, les Autrichiens… avant que l’Allemagne hitlérienne ne s’installe et que les Russes ne les remplacent.
Il a fallu reconstruire sans cesse tant les envahisseurs successifs laissaient peu de traces des prédécesseurs : les Turcs rasèrent les joyaux du christianisme et, plus tard, les Autrichiens ne gardèrent des derniers que leurs fabuleux bains thermaux. Pour redonner vie à l’histoire ancestrale et marquer aussi le Millénaire de la ville, on reconstruisit au XIXè siècle en style“néo“, métissant les influences étrangères.
Budapest, reine de l'eclectisme
D’où l’impression déconcertante d’une diversité exceptionnelle en même temps que d’une parfaite harmonie. Néo-roman pour le Bastion des Pêcheurs qui domine le fleuve sur la colline de Buda ; néo-gothique et néo-renaissance pour le Parlement dont la splendeur des flèches en dentelle de pierre et les coupoles se reflètent sur l’autre rive du Danube. Sans oublier l'église St Mathias, ancien siège du sacre des empereurs austro-hongrois, qui a, elle aussi, été reconstruite en style néo-gothique et, tout près, le château d’origine a fait place à un vaste palais royal… baroque.
Mais, en même temps que, fin XIXè siècle, le néo-classicisme organisait les rues de Pest, une recherche de style authentiquement hongrois s’imposait, mêlant à son tour traditions magyares et orientales, motifs folkloriques et art nouveau : céramiques multicolores, lignes sinueuses et fleuries. Ici un fronton égyptien stylisé, là d’un bâtiment art nouveau vert tendre, décoré d’entrelacs végétaux. A deux pas, l’Opéra, un chef d’œuvre néo-renaissance… C’est ça l’éclectisme de Budapest. Vous aurez toujours le nez en l’air et un doute sur l’époque
La plus grande capitale... thermale !
Ici, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, riches ou pauvres, tout le monde va aux bains, un rite incontournable. Avant ou après une journée de travail, le week-end, seul ou entre amis, pour se détendre ou se faire du bien, la recette est immuable. Elle consiste à passer des eaux brûlantes aux eaux glacées. A partir de là, vous choisissez les variantes et l’ambiance qui vous plait.
Et le choix est vaste. Sans remonter aux Romains qui initièrent les habitants d’alors à leurs rituels très élaborés, on ne peut ignorer l’apport des Ottomans, plusieurs siècles sur place, qui aménagèrent des successions de bassins dans la pénombre de hautes voûtes, aussi bien pour leurs rituels religieux que pour leur bien-être et leurs soins.
A Buda, sur la rive droite du Danube, les bains Rudas, qui sont les plus anciens, gardent leurs sortilèges. On y vient de jour comme de nuit barboter dans un décor des Mille et une Nuits sous la coupole percée d’oculi colorés qui diffusent une lumière tamisée. Quand les colonnes s’estompent dans la vapeur épaisse, c’est tout l’Orient qui ressuscite. Un spectacle magique !
Côté Pest, été comme hiver, les très baroques bassins des bains extérieurs Széchényi, l'un des plus grands complexes thermaux d’Europe datant de l’époque austro-hongroise. Ils se couvrent de neige en hiver mais n’empêchent pas les joueurs d’échecs de disputer leurs interminables parties sur des tables flottantes. Le rituel de base s’accompagne de massages, de bains de boue, de passages au hammam. Douleurs rhumatismales, stress, déprime, l’eau soigne tout à Budapest avec ses 100 sources thermales.
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