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N° 50 - Du 24 juillet au 4 septembre 2007- Numéro double Spécial Vacances
 
HUMEUR VAGABONDE





CARTE de la Suisse
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paysage suisse



La ville vue d’en-bas donne un peu le vertige. Une falaise rocheuse qui tombe à pic sur la rivière Sarine puis s’incline en douceur le long de ce cours d’eau champêtre jalonné de vieux ponts, avec, au sommet, des maisons se déploient en rang serré, épousant la crête avant de redescendre jusqu’à la rivière… cela surprend. Le site a certes du caractère… Fribourg la perchée ne se laisse pas si vite apprivoiser. Il faut la mériter dans ses dénivelés. Et s’intéresser à son histoire, ancienne. Fondée au XIIe siècle, bien ancrée sur sa falaise, un temps prise en étau entre les Habsbourg et la Savoie, elle ne rejoint la Confédération qu’en 1481.

Catholique et de tradition latine, elle fait face à l’emprise de la Réforme protestante quelques décennies plus tard en se couvrant d’églises et de couvents. C’est au XVe siècle que la ville s’épanouit vraiment et vit son âge d’or grâce au commerce florissant des draps et du cuir. Les vieux ponts en pierre de Saint-Jean, du Milieu et celui en bois de Berne témoignent encore au fil de l’eau de la prospérité des lieux où se concentraient les moulins, les tanneries, les draperies. Ajoutez à cela une position stratégique à la croisée des routes linguistiques dont la Sarine marque la  frontière. Entre romand et alémanique, le canton a choisi : les trois quarts des habitants sont francophones.

Le goût des contrastes
Crapahuter le long des ruelles médiévales animées d’enseignes qui rappellent les métiers d’autrefois, se rafraîchir aux fontaines Renaissance, lever les yeux vers les statues perchées dans leurs niches est un vrai plaisir. La Grand-Rue arbore fièrement ses maisons bourgeoises et se dirige, le long de ses pavés irréguliers, vers la basse ville et ses places tranquilles près de la Sarine. Pour remonter vers le centre, choisissez le funiculaire, place du Pertuis : ce comble d’ingéniosité, unique en son genre, est actionné par la force motrice des eaux usées de la ville… Comme quoi la prospérité n’empêche pas le sens de l’économie.

Et le goût des contrastes : entrez dans la cathédrale, vous y verrez une admirable mise au tombeau du XVè siècle non loin des vitraux contemporains du peintre Manessier. De même, aux Cordeliers, le retable des Maîtres à l’œillet, un chef d’œuvre digne de la peinture flamande, voisine, dans le jardin mitoyen, avec une sculpture de Niki-de-Saint-Phalle. Une Madame la lune  qui vous incite à pénétrer dans l’espace consacré à son œuvre et à celle de Jean Tinguely, natif de Fribourg. Un couple de sculpteurs anti-conformiste et audacieux.

En direction du pays de la  Gruyère, la plaine vallonnée se déploie au cœur des Préalpes. Dans un décor de carte postale, de gros chalets en bois aux balcons débordants de fleurs, s’agrippent aux pentes verdoyantes. Fermes ou maisons d’habitation, ils font des notes gaies dans le paysage avec  leur air propret. Vous êtes dans la Suisse idéale, celle des rêves et des dessins d’enfants avec montagnes sages et verts pâturages.

Fin juin, les troupeaux de vaches blanches et noires ont déjà rejoint les estives sous la houlette des armaillis, les bergers, qui, pour l’occasion, revêtent leurs costumes brodés. En octobre, ils redescendront dans la vallée et le deuxième dimanche, on fêtera la fameuse Bénichon avec force cuchaules (sortes de brioches), jambons fumés, gigots d’agneau, meringues à la double crème, une spécialité…

Découvrir le vrai gruyère !
Dans les parages, au fond des caves fraîches, s’élabore le gruyère au goût parfumé des herbages. Celui d’été est un régal. Sa saveur fruitée en fait un cousin du comté ou du beaufort. Et surtout, ne le confondez pas avec l’emmental, vous ne vous ferez pas des amis, car le gruyère, sachez-le, ne comporte pas de trous ! Goûtez-le, mais pas n’importe où : à l’écart des visites touristiques, à l’occasion par exemple d’une balade. Celle de deux heures sur le Sentier du fromage, de Pringy à Moléson-Village, vous mènera vers les chalets d’alpage. Il vous suffira de frapper à la porte de l’un d’eux.

Par beau temps, la cité médiévale de Gruyères et son château perché au sommet d’un promontoire forestier forment, avec la montagne de Moléson en toile de fond, une véritable image d’Epinal. Un peu trop fréquentée cependant. Mais, là aussi, de sublimes randonnées sur des sentiers parfaitement balisés vous mènent vers les hauteurs dans des paysages de resourcement et de sérénité. L’office de tourisme vous en donnera des fiches diversifiées.

Quatre kilomètres plus loin, à Bulle, ne passez pas à côté du Musée gruérien : vous saurez tout sur les traditions de la région. On y voit des peintures naïves sur planches en bois, les poyas, représentant en procession la montée des vaches aux alpages, des reconstitutions d’intérieurs typiques, des outils, des vêtements, des broderies… un ensemble riche et très vivant grâce à une mise en scène qui vous immerge d’emblée dans le quotidien des alpages à la fois rustique et soigné. 

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