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Souvent « boudée » des touristes qui se contentent d’y débarquer avant de filer vers les stations balnéaires plus glamour, Bastia réserve pourtant bien des surprises. A commencer par son imposante citadelle et ses remparts, d’où l’on aperçoit en face les îles italiennes Elbe, Capraïa et Monte Christo. En descendant les ruelles tortueuses et colorées de la vieille ville, on arrive au port de pêche (Porto Cardo), dominé par l’ancienne église Saint Jean Baptiste, toute de rose vêtue. C’est le moment de recharger les batteries avant le périple, l’endroit regorge de restaurants et le cadre est idyllique. Ensuite direction la gare où vous attend la micheline, petit train que les locaux appellent fièrement « trinighellu ». Mis en service en 1888, l’engin fonctionne parfaitement, c’est le meilleur moyen, du moins le plus authentique, de visiter la Corse et de découvrir des paysages imprenables impossible à voir à pied ou en voiture. Il traverse doucement (comptez 5h, si un cochon sauvage ne décide pas de faire sa sieste sur les voies !) l’Ile jusqu’à Ajaccio ou Calvi, passant tantôt au raz des vagues, tantôt suspendu dans la montagne. Correspondance à Porte-Leccia Au centre, perché dans les montagnes, le village délimite les deux versants de la Corse. Sa gare est le point de ralliement des lignes conduisant vers Calvi ou Ajaccio, on y trouve un ancien buffet qui accueillait les randonneurs venus des quatre coins de l’île. Lors des périodes de forte affluence, il n’est pas rare de croiser la vieille remorque d’autorail. Ponte Leccia se transforme en repère des sports de plein air à l’arrivée des beaux jours. On y pratique canyoning, escalade sur sites naturels, kayak de rivière ou rando grand frisson avec la via ferrata (itinéraire alpin équipé de câbles et échelons). Après avoir transpiré, on se retrouve au domaine de Vico, unique domaine vinicole du centre de l’île, pour se requinquer autour d’un verre de rouge accompagné d’un fromage de pays (un vrai de vrai qui sent très fort, le Brocciu, de préférence). On en profite aussi pour découvrir l’artisanat local, chez Lana Corsa, un atelier de transformation de la laine présentant expos et techniques de filage. La contrée est sauvage et isolée. On se repose quelques jours là, en pleine vallée de Tartagine, avec les moutons et les chèvres, où les gorges sont envahies par une abondante végétation. Traduction : on est paumé en plein maquis et tant mieux, parce que la Corse c’est aussi ça !
Changement de nom pour la ligne Nord-Ouest : exit le décor Robin des Bois et le nom de « petit train », on parle maintenant de « train des plages », plus fun. Les températures montent (un vrai bonheur dans les wagons sans climatisation !), on pénètre maintenant une montagne tellement aride qu’on se croirait presque au Grand Canyon. Un conseil : avoir une bouteille d’orezza, eau minérale corse à portée de main et s’accrocher à son siège, ça tournicote, grimpe, chute. Bref c’est la route la plus sinueuse de toute la Corse. Après le passage des « gares fantômes » rayées de la carte depuis longtemps, l’arrivée dans le désert des Agriates ressemble à la route de la soif, mais ça vaut le détour, le panorama est renversant. Enfin, la mer pointe à l’horizon, l’eau est bleue turquoise, digne des lagons polynésiens, et Calvi apparaît avec son immense baie et ses maisons blanches dépassant de la citadelle. On a les fesses en compote, ouf, c’est le terminus ! La ville natale de Christophe Colomb, parait-il, se trouve en Balagne, l’une des plus douces régions de l’île de beauté. De la Citadelle, édifiée au XIIe siècle par les Génois, on fait face au village haut perché de Lumio, village natal de Laetitia Casta. Les ruelles sont colorées comme sur une carte postale, on vadrouille dans la ville avant d’embarquer pour une promenade en mer jusqu’aux calanches rougeoyantes de Scandola, classées Patrimoine Mondial de l’Unesco et inaccessibles à pied. Demi-tour, direction Corte Pour rejoindre la ligne de chemin de fer du Sud, même scénario que plus haut. De Ponte Leccia à Corte, les ouvrages d’art se multiplient : viaducs, villages historiques dont Soveria pour son église baroque tout en voûtes, entouré de vignes et vergers. C’est, dit-on, l’un des villages les plus photographiés. L’arrivée à Corte, point central de l’île, sonne l’heure du « retour à la civilisation ». Les vieillards en noir (couleur des habits traditionnels corse) des images d’Epinal, trônant sur leur banc en regardant passer les châlents, ont été remplacés par une population de jeunes venus étudier à la seule fac insulaire. Une halte est incontournable, tant le site est joli. On s’assoit sur une muraille de la citadelle en forme de nid d’aigle, on respire l’air pur devant la vallée de la Restonica et les gorges du Tavignano, avant de rendre visite au musée de la Corse (présentation de l’évolution et de la culture insulaire). Car Corte est LE symbole de l’histoire militaire de l’île, qui a vu naître un célèbre personnage : Pascal Paoli, le « père » de la Corse libre, l’équivalent de Napoléon à Ajaccio. Les plus téméraires iront rejoindre le GR 20, ultra célèbre (et maous costaud) sentier de randonnée, ou partiront faire trempette dans les vasques, sortes de piscines naturelles creusées par les torrents. Plus sympa et moins cher qu’un spa ! Ajaccio, fin du circuit Une fois passés les villages de Bocognano qui garde le souvenir d’un fameux bandit surnommé Bella Coscia (belles cuisses), à cause de son succès auprès de la gent féminine et Mezzana, la descente se poursuit sur Ajaccio. Après la plaine, la plage. Après la vigne, la ville. Qu’il est loin le maquis, la capitale de la Corse du sud grouille de monde. On est ici chez Napoléon himself, avec des « Napoléon » en veux tu en voilà : grotte, cours, maison Napoléon. Les noms concurrents sont Fesch, du nom d’un cardinal mécène, et Rossi, prénom Tino, le papa de la chanson de Noël. L’ambiance est à la dolce vita dans les quartiers génois du centre, repère des fashionistas car on y trouve tout un tas d’échoppes, dont Linea Corsa, une boutique de déco très sympa. Non loin de là, avis aux amateurs d’art : la cathédrale de style vénitien, où Napoléon fut baptisé, recèle une statue de Delacroix. Les plages valent le détour, avant de mettre le cap vers les îles Sanguinaires et profiter d’un coucher de soleil romantique. Dénommées ainsi à cause de leur couleur rouge sombre, elles signalent l’entrée dans le golfe d’Ajaccio grâce à un phare à éclipses. |
La Corse, une île mystérieuse et envoûtante |
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