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Numéro 44 - Du 3 au 15 mai 2007
HUMEUR VAGABONDE

Découvrir la Tunisie autrement

CARTE DE TUNISIE
 
Texte : Alexandre CHEVANT
Photos : Serge KLEBAIRT


LES
CHATEAUX
DU DESERT

A Ksar-Ouled-Soltane, le « Ksour », aujourd'hui monument classé du XVe siècle, figure parmi les restaurations les mieux réussies.
D'une aveuglante beauté, l'architecture de ces habitats d'un autre âge et la nature aride avec laquelle ils fusionnent en font des joyaux du patrimoine tunisien. Longtemps boudée des vacanciers pour qui le pays du jasmin reste d'abord une destination balnéaire par excellence, la région des « Ksour », des « Ghorfa » et des maisons troglodytes, bénéficie depuis peu d'un vent de sable propice à un nouveau souffle touristique.

En choisissant Matmata et ses paysages lunaires pour mettre sur orbite la saga cinématographique Star Wars, George Lucas a, sans le vouloir, favorisé l'essor d'une hôtellerie, certes moins étoilée qu'en bordure de mer, mais nettement plus atypique et authentique. Le concept est d'autant plus original qu'il gravite autour du bâti existant et de ces maisons ancestrales creusées dans le sol par les Berbères pour se protéger du soleil de plomb, et dont les trous forment d'imposants cratères. Transformé en taverne souterraine, l'hôtel Sidi Driss, au fond duquel le metteur en scène planta ses caméras, figure parmi les adresses incontournables pour qui rêve de dormir à... vingt mille lieues sous la terre. Le confort est spartiate certes mais l'expérience en vaut la chandelle, d'autant plus pour les tarifs pratiqués. Il faut compter environ 15 € la nuit.

Patrimoine en péril
Plus à l'est, vers la frontière libyenne, c'est le royaume des « Ksour ». Leur reconversion en gîtes semble, elle aussi, promise à un bel avenir. Elles sont perchées jusqu'à 700 m d'altitude au coeur d'un cirque vertigineux de montagnes rocheuses sculptées et déchiquetées par l'érosion. Ces fortifications liées à une civilisation rurale témoignent de la résistance des Berbères face aux invasions des tribus arabes entre le VII e et le XII e siècle. Outre leur rôle militaire, ces édifices remplissaient de multiples fonctions. Le « Ksar » (singulier de « Ksour ») servait, en priorité, de grenier collectif aux différentes tribus qui y stockaient les produits agricoles et objets de valeur à l'abri d'éventuels pillards. Aux alentours de Tataouine, il subsiste environ 150 « Ksour », dont beaucoup à l'état de ruine alors que leur nombre était dix fois plus élevé avant la Seconde Guerre mondiale ! Le gouvernement tunisien et l'Office national du tourisme ont pris conscience, ces dernières années, de la valeur de ce patrimoine en péril en lançant un vaste programme de restauration allant de pair avec la promotion d'un tourisme plus culturel qui entend séduire un public en quête d'autres sensations que celles procurées par une belle piscine et de plantureux buffets !

DETAIL DE KSAR
Un rôle de sensibilisation
La population a rapidement emboîté le pas comme à Ksar-Ouled-Soltane, dont le « Ksour », monument classé du XVe siècle, figure parmi les restaurations les mieux réussies. Évoquant un troupeau de dromadaires à la queue leu leu, les niches bosselées des « Ghorfa » se superposent, à l'image d'une ruche, sur quatre niveaux reliés par des escaliers pentus. Qui dessinent une enceinte rectangulaire autour d'une vaste cour.« Tout le village s'est mobilisé pour rénover le site, se souvient Bechir, le gardien des lieux. Grâce à ce chantier financé par l'Etat, les habitants ont pu travailler et gagner un peu d'argent. » Selon le voeu des habitants, les magnifiques « Ghorfa » de Kos n'offrent pas l'hébergement mais prêtent leur décor aux couleurs épicées à des animations organisées par des hôtels tout proches.« Ce patrimoine est mal connu par les Tunisiens eux-mêmes, ce qui justifie cette politique de sauvegarde associant le réseau hôtelier. Notre rôle est de sensibiliser la clientèle », commente Wissem Chakour, directeur du « Sangho », à Tataouine.

En marge du festival annuel des « Ksour » qui s'est terminé en févier , cet établissement propose des excursions à Soltane où un village berbère est reconstitué dans la cour du « Ksar » sous un éclairage aux flambeaux. Un repas 100 % tunisien est servi sous une tente bédouine pendant qu'une brochette d'artistes (musiciens traditionnels, danseuses orientales, charmeurs de serpents, cavaliers) pimentent la dégustation du couscous dans une ambiance folklorique. Près de Douirat, c'est une auberge qui a vu le jour à l'emplacement d'un « Ksour » où une dizaine de « ghorfa » ont été également transformées en chambres d'hôte alvéolaires.


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