Un ensemble monastique qui domine le fleuve et qui fête cette année ses 900ans d’existence. Une cité lovée tout autour, avec son île et son vieux pont de pierre sur la Loire. Un quartier des libraires, des éditeurs, des graveurs, des imprimeurs où se tiennent des marchés mensuels et de nombreuses manifestations. Bienvenue dans la Ville du Livre, première du nom.Texte Catherine GARY
Enchâssé entre la belle forêt de Bertranges, seconde chênaie de France, et la Loire, à proximité des prestigieux vignobles de Pouilly et Sancerre, le prieuré bénédictin serait resté en sommeil si l’Unesco ne s’était penché sur son sort en l’inscrivant en 1998 au patrimoine mondial.
Cette seconde fondation de l’ordre de Cluny, idéalement située à hauteur d’un gué sur la Loire et halte providentielle à l’époque sur les routes de pèlerinage, eut son heure de gloire et de prospérité avant que la guerre de Cent Ans, les incendies et les pillages ne lui portent des blessures durables. Surprise, dès le portail roman franchi : des maisons se sont installées dans une partie de la nef de son immense église Notre-Dame.
Dans le petit restaurant à côté, voûtes et chapiteaux font même partie du décor. Ce mélange étonnant de profane et sacré ne gêne pas Luc Jolivel, le responsable du projet de restauration depuis une dizaine d’années. Il souhaite rester fidèle aux strates de vie et aux styles d’architecture successifs qui ont “colonisé“ les lieux. «Beaucoup reste encore à faire et sur de longues années », dit Luc Jolivel, qui se voue avec passion à ce projet.
est l’histoire d’un passionné, Christian Vallériaux, qui décide, en 1995, de quitter sa librairie parisienne et de « faire quelque chose » pour sa ville natale, la Charité. En effet, les commerces ferment les uns après les autres et la morosité s’installe. S’inspirant d’une petite ville du Pays de Galles qui, depuis une trentaine d’années, a mis « livres et libraires à la campagne », il organise une Foire du livre ancien à l’aide des nombreux contacts qu’il a gardés à Paris et en province. Un premier succès qui attire d’autres fanas comme lui. Résultat : douze libraires sont aujourd’hui installés autour de la grande église romane, alignant leurs vitrines aux noms évocateurs : Le Monde à l’envers , Là où dort le chat, Les Palmiers sauvages, Charmes …
Difficile de résister à l’attrait de ces boutiques anciennes transformées en cavernes d’Ali Baba où l’on trouve aussi bien des manuscrits anciens, des almanachs, des vieux catalogues de mode, des affiches, des gravures… Christian Guillaume s’est spécialisé dans l’imagerie commerciale, les fascicules politiques, les tracts, la propagande. Au total, plus de 50 000 livres et documents s’entassent pêle-mêle entre ses murs et ses bibliothèques. Alain Delage, lui, est un cas particulier. Il se présente fièrement : « maçon un jour, maçon toujours », tout en racontant comment il s’est lancé dans l’aventure. Le voilà donc exerçant deux métiers qui n’ont pourtant rien à voir. Et heureux. .
savoir profiter des lumières hivernales
« J’étais un petit campagnard qui n’avait pas le droit de lire. C’étaient les paresseux ou les “enfants mal construits“ qui lisaient ». Belle revanche. Au début, il achète tout, court les brocantes et les ventes aux enchères. Aujourd’hui, il a fait le tri et vous montre, l’œil gourmand, des ouvrages rares de bibliophilie… A l’angle de la rue qui longe la Loire, avec en perspective le vieux pont de pierre en dos d’âne, c’est le relieur Michel Clément qui s’est installé. Il est aux premières loges pour profiter des lumières hivernales sur le fleuve, avant que la brume ne soit levée.
Un vrai artiste. Il travaille le cuir pour des livres « à tenir en main, maniables » et le papier pour faire de ses reliures des pièces uniques. C’est ce qu’il appelle ses “papiers à la cuve“, une méthode traditionnelle qui permet de faire jouer les encres en les mélangeant pour des résultats surprenants. L’homme est loquace et ne demande qu’à vous expliquer le métier. Un peu plus loin, un calligraphe et un enlumineur travaillent aussi dans leur boutique.
Bref, tout ce petit monde vit en bonne intelligence et organise d’octobre à fin mars, chaque troisième dimanche du mois, des marchés aux livres qui se tiennent bien au chaud dans l’enceinte du prieuré et attirent professionnels et amateurs. La Foire aux livres anciens, quant à elle, entame en juillet prochain sa 13e édition, précédée par le Festival du Mot, en juin, une folle journée où l’on peut voir des funambules défier équilibre en jonglant sur la corde des mots, tel Raymond Devos qui fut à l’honneur cette année. De quoi rester bouche bée.
CARNET PRATIQUE Y aller :
- En train : Paris-La Charité-sur-Loire : 2 heures 10
- En voiture : autoroutes A6 et A77 Préparer son séjour :
Site de la cité monastique et place forte : histoire, économie, tourisme. www.ville-la-charite-sur-loire.fr Où manger :
- Auberge de la Poule Noire. Tél. : 03 86 70 10 71. Excellente cuisine de terroir Où dormir :
- Château de Gérigny. Chambres d’hôtes de charme 4 épis.
Tél. :
08 71 41 12 054.