Des rives aimées des artistes et des écrivains
En 1929 Thomas Mann, prix de Nobel de littérature, arrive à Nida, le plus grand des villages de Courlande. Il tombe immédiatement sous le charme.
« Nous avons passé quelques jours dans le village des pêcheurs de Nida et nous avons été si impressionnés par l‘unicité et la beauté de la nature, le monde des dunes fantastiques, les pinéaux où habitent les élans que nous avons décidé de nous y pourvoir d’une habitation permanente ». Dans sa maison qui s’ouvre sur la lagune parmi les pins, il écrit
Joseph et ses frères. D’autres artistes le suivent. Freud y passe un été, quelques peintres expressionnistes allemands se retrouvent pour travailler dans cette nature protégée, entre les deux mers.
Car vous passez de l’une à l’autre en moins d’une heure à pied pour un changement total d’ambiance : plages de sable doré et vagues de la Baltique ou balades à vélo le long des roseaux où vivent les canards et les cygnes. Nida est longtemps resté un simple village de pêcheurs. Jusqu’à ce que la nomenklatura soviétique, pas folle, le repère pour en faire une de ses stations balnéaires. Depuis l’indépendance, Nida continue sur sa lancée sans perdre sa sérénité et accueille les touristes venus de toute l’Europe du Nord en quête de nature et de paix. Vous serez séduits par l’ambiance traditionnelle et proprette qui règne ici le long des rues bordées de fleurs.
Des légendes encore empreintes de paganisme
Les maisons traditionnelles en bois rouge ou marron égayé par le bleu et blanc des fenêtres ont leur pignon coiffé de têtes de chevaux, d’élans ou d’oiseaux en chevrons croisés. Une façon de se protéger. Devant les entrées, des girouettes rouges et bleues au sommet d’une perche indiquent la direction du vent. Autrefois, les pêcheurs les accrochaient au mât des bateaux pour marquer leur identité. Mais la pêche n’est plus ce qu’elle était. Moins de petits bateaux, plus de chalutiers. Au cimetière ethnographique, on vous explique les jolies traditions mortuaires. Au pied de chaque tombe est planté un krikstai, une planche sculptée servant d’appui au mort dans son élan vers l’au-delà.
Le bois importe : il est de nom féminin pour les femmes, masculin pour les hommes. Pour elles, des fleurs et des cœurs sculptés. Pour eux, des têtes des chevaux, des plantes ou des oiseaux… Et puis, ne manquez surtout pas, surplombant le village voisin de Juodkrantè, la « Colline aux Sorcières », une balade à travers bois peuplée de diables et de dragons très expressivement sculptés dans le chêne. Ils incarnent les innombrables légendes de la Lituanie, aujourd’hui catholique, mais encore terre païenne au XIVè siècle. Et à la fin de cette intrusion dans ce monde de mystères et de frayeurs, n’oubliez pas de faire une offrande à Néringa, la princesse du pays. Celle qui grandit dans le ventre d’une géante et depuis protège les pêcheurs contre vents et marées. Sinon vous risqueriez d’être changés en nains !