e voyage au Yémen est une aventure sans équivalent pour qui nourrit le goût du dépaysement. Le couronnement de toute une vie de bourlingueur. Niché à la pointe de la Péninsule Arabique, le pays fascine, intrigue et nourrit également nombre de clichés : fiers descendants de guerriers, poignards à la ceinture et kalachnikovs en bandoulière, villages forteresses hors du temps théâtres de vendettas inter tribales, les fantasmes vont bon train, en net décalage avec la réalité d’aujourd’hui. Or le pays est avant tout un must en matière de richesses naturelles et culturelles. Un véritable couronnement dans une vie de voyageur.
Il faut savoir que le Yémen occupe le sud-est de la péninsule arabique, en bordure de la mer Rouge, du Golfe d'Aden et du Golfe d'Oman, offrant ainsi environ 1 500 km de façade maritime. Situé dans le prolongement de l'Arabie Saoudite, il possède aussi une frontière commune avec le sultanat d'Oman dans sa partie orientale. De nombreuses îles font partie du territoire yéménite : Kamaran en mer Rouge ; l'îlot de Périm qui commande l'accès à la mer Rouge par le détroit de Bab el-Mandeb et qui, de ce fait, présente un intérêt stratégique important ; Socotra, la plus grande des îles, dans l'Océan Indien...
Côté relief, ce territoire constitue une partie de l'immense plateau arabique incliné d'ouest en est. A l'ouest du pays, on distingue 3 zones géographiques parallèles à la mer Rouge : la Tihama, une bande côtière de moins de 50 km de largeur, une plaine de nature aride. La côte est basse et bordée de récifs coralliens, une chaîne montagneuse large de 100 à 150 km, avec de hauts sommets, tel le djebel Hadur Nabi Chuayb qui culmine à 3 760 mètres. Des oueds ont creusé des gorges impressionnantes et découpé des pitons où se sont installés des villages.
Les hauts plateaux s'abaissent progressivement vers l'est, à hauteur de Marib. Ce sont les steppes puis le désert qui rejoint le grand désert saoudien du Rub al-Khali. A l'est du Yémen, entre le désert et le Golfe d'Aden, le massif montagneux de l'Hadramawt atteint 2 200 mètres dans le Chukra. Il tombe sur la mer en laissant la place à d'étroites plaines côtières. C'est sur ces hauts plateaux que l'on retrouve certaines tribus et leur Jambia.
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La Jambia, arme rituelle
Autrefois réservé à l'aristocratie, la Jambia, célèbre couteau recourbé et image symbole du Yémen, est porté encore de nos jours par la majorité des yéménites dans la région des Hautes Terres. Il existe deux sorte de Jambias : l'Asid , la plus courante en forme de J, et la Thuma, moins recourbée, réservée à la caste des Sayyid, descendants du Prophète, et aux qadi (juges). Les plus chères et les plus rares d'entre elles ont un manche en corne de rhinocéros, en ivoire, incrusté d'or et d'argent.

© Réza A. NADERI |
Contrairement à certaines idées préconçues, la Jambia n'est plus une arme de défense, mais un objet à valeur symbolique très forte, transmis de père en fils, qui peut marquer l'appartenance tribale (Hashed et Bakil) ou l'appartenance de classe.
Ce phénomène de "marquage de corps" est presque comparable à l'excision, la circoncision ou même à tous ces dessins sur le corps de certains peuples africains, voire ... à la cravate plus près de chez nous. C'est une marque de distinction, de différence qui doit être respecté : on ne joue pas avec une Jambia. Ce serait un sacrilège impardonnable !
Par conséquent, les hommes yéménites n'utilisent la Jambia que pour des fêtes sacrées, notamment la danse de guerre, mais la porte fièrement tous les jours sur eux. Les hommes de tribus des Hauts Plateux et les bédouins principalement, vénérent littéralement les armes, traditionnelles ou modernes. Depuis quelques années, la kalachnikov accompagne souvent la jambia et tout yéménite respectable se doit d’en posséder une.
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