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Numéro 51 - Du 4 au 18 septembre 2007
IDEES DE SEJOUR


BALCONS DE ROUFHI

Les déserts du Hoggar et du Tassili, dans le sud algérien, sont considérés comme uniques au monde, mais les trésors historiques du nord sont souvent ignorés. A l’image de Djemila qui accroche aux pentes des collines la beauté romantique de ses temples et de ses portiques. Venez donc découvrir les secrets de l’Aurès antique.
onglet lire la suite Par Catherine GARY

Djemila la belle romaine
Et voilà que dans le silence de cette matinée de printemps, après des kilomètres de petites routes sinueuses, Djemila apparaît. Les ruines, dispersées sur une colline qui glisse en douceur vers le confluent de deux ruisseaux, se détachent à mi-hauteur sur un ciel d’azur et dans un foisonnement de verdure et de fleurs.

A mesure que l’on approche, on constate que les lieux ne sont pourtant pas déserts. C’est jeudi, jour férié, et des écoliers se bousculent à l’entrée. Dans cette terre d’un Islam très observant, leur dit-on aussi que leurs ancêtres étaient Romains ? Le fait est qu’ils s’impatientent et piétinent. Et, passé le portillon, s’égayent en nuées d’hirondelles vers l’immense champ de colonnes et de portiques d’où émergent en contrebas quelques grands monuments. De quoi se livrer au jeu des reconstitutions. Car Djemila, à travers ses pierres, dévoile toute une histoire. Une ville grandeur nature avec tout ce qu’il faut pour s’immerger dans une époque révolue, c’est mieux qu’un jeu virtuel et si différent du quotidien… Quant aux moins jeunes, ils trouveront de quoi méditer. Comme Camus, fasciné à l’époque par les lieux. « On se trouve là, concentré, mis en place de pierres et de silence, à mesure que le jour avance et que les montagnes grandissent en devenant violettes … Quelque chose se forge qui donne à l’homme la mesure de son identité dans la solitude de la ville morte ». Des ruines particulièrement propices à la rêverie...
RUINES DE CARTHAGE
Plus concrètement, Djemila, fut fondée à la fin du Ier siècle par des soldats romanisés. Le noyau le plus ancien est un quadrillage classique où  se concentrent les principaux monuments datant des Antonins. Au fil de la promenade, on peut imaginer la vie quotidienne des habitants de ce municipe administré par une assemblée sous autorité du Légat impérial. Au début du IVe siècle, Djemila devient chrétienne, comme l’attestent les vestiges de sa basilique, de son baptistère et d’un ensemble de constructions réservées à l’évêque et aux prêtres. Elle restera vivante jusqu’au VIe siècle malgré le passage des Vandales, avant de tomber totalement dans l’oubli…

L
es Aurès. Pas facile de l’apprivoiser, ce massif… Isolé au sud de Constantine, des plissements difficilement franchissables, quelques hauts sommets creusés de vallées parallèles par des oueds : l’Aurès garde jalousement ses secrets. Les Romains l’appelaient le “bouclier d’Aurès“ car il savait faire suer les légionnaires. Selon la légende, Hercule, excédé par  l’obstacle, fendit la montagne d’un coup de pied rageur pour ouvrir un passage vers le Sud creusant ainsi les gorges d’Al Kantara. La région est certes revêche. Mais parfois douce aussi. Un ensemble contrasté de sentinelles rocheuses et de vallées irriguées, dominées par des forêts de pins, des steppes et de profondes cédraies.

Aux alentours des balcons de Rhoufi, le paysage devient sauvage. Les falaises se dressent comme une forteresse à la face du désert, formant un défilé où apparaissent des vestiges de troglodytes, dont certains sont encore habités. Vu de loin pourtant, pas âme qui vive malgré la palmeraie qui serpente dans la vallée, redonnant quelques couleurs à ces terres arides. Accrochés aux parois du djebel, les villages de pisé, véritables nids d’aigles, abritent de rudes montagnards, les Chaouis. Des berbères au caractère fier, à la résistance tenace comme leurs montagnes sévères. Aujourd’hui encore ils restent fermement attachés à leurs traditions mais vous font un large sourire de bienvenue quand vous les croisez sur la route.

Des stèles funéraires
Car ici aussi, on voudrait bien en finir avec les années de lutte, mettre un bémol aux dérives religieuses. Les touristes, rares encore, apportent des notes d’espoir… Mais revenons au sujet : c’est dans ces terres intérieures que les Romains s’implantent pourtant, fondant des villes, établissant des légions, faisant fructifier les ressources naturelles et assurant un barrage protecteur pour la côte contre d’éventuelles rébellions venues du Sud. Ils font édifier un réseau de fortifications autour de Biskra et de Lambèse pour lutter contre les révoltes, il est vrai fréquentes.

La Pax romana s’instaure peu à peu entre populations immigrées, soldats vétérans et berbères. Ils cohabitent plutôt en bonne intelligence sur des terres où ils font pousser la vigne et l’olivier. Comble d’honneur, en 212 ap. JC, Caracalla accorde le statut de citoyen romain à tous les hommes libres. La preuve, certaines stèles funéraires où figurent les noms de magistrats  et de décurions d’origine berbère.

mosaïque visible au misée de Djemila (Algérie)
La mosaïque, un art majeur
de l’Algérie antique

Qui sait que les Numides furent dans ce domaine des artistes hors pair ? Pour vous en convaincre, entrez dans les musées de Lambèse, de Timgad, de Sétif ou de Djemila. Ils ne paient pas de mine par manque de moyens mais vous serez surpris par la beauté des mosaïques qu’ils renferment. Disposées verticalement après avoir été déposées pour sécurité, il faut, bien sûr, les imaginer décorant les sols des maisons patriciennes. Une façon en somme de montrer sa réussite aux yeux des visiteurs dès l’entrée. En majorité réalisées avec des éclats de pierre bruns, rouges, ocres, leurs tonalités sont en harmonie avec les paysages environnants.

Certaines peuvent offrir des teintes plus vives encore, à Timgad en particulier qui se distingue par la polychromie de ses motifs floraux. Chaque ville arbore son propre style et ses thèmes favoris : des scènes de jeux, de chasse ou de bataille. Ou bien des sujets animaliers. Mais il est une constante dans la mosaïque romaine, sur tout le pourtour méditerranéen d’ailleurs : la mer. Représentée de façon naturaliste, avec ses barques et ses poissons, mais aussi mythologique avec dieux, nymphes et monstres marins.

Une façon sans doute de créer une impression de fraîcheur dans ces régions très chaudes. « La Mosaïque des Néréides de Lambèse est un chef d’œuvre de la mosaïque africaine. Sa facture est d’une qualité esthétique et technique exceptionnelle », affirme Roger. Une autre, “Le triomphe de Neptune et d’Amphitrie“, trouvée à Constantine, est aujourd’hui au musée du Louvre.

CARNET PRATIQUE
Y aller :
Via Nostra : voyages culturels avec conférencier, en groupe ou sur mesure.
Tél. : 05 61 55 24 80 www.vianostra.fr
Allibert : une dizaine de voyages en Algérie, de 8 à 22 jours, sur des itinéraires variés.
Tél. : 0825 090 190 www.allibert-voyages.com
Web malin:
: site officiel de l’Office national du tourisme www.onat-dz.com
Revue de presse régulière sur l’évolution du pays www.algeria-watch.de
A noter : Formalités : passeport valable 6 mois après le retour. Visa obligatoire (33 euros). Santé : aucune vaccination obligatoire. Ambassade d’Algérie : 50, rue de Lisbonne, 75008 Paris


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