ttendez, je grimpe un peu pour l’avoir plein cadre ! ». L’image est belle il est vrai. La petite église Sant Clement de Taull est posée au creux du vallon, sur une prairie de campagne, avec les hauts sommets de la Mamadetta à l’arrière et un ciel sans nuage. Au premier plan, le chevet, formé de trois absides, et le svelte campanile de base carrée qui pointe vers le ciel ses six étages aux baies géminées. Cela sent délicieusement l’Italie…
On contourne l’enceinte dans un silence monastique, en compagnie de Marc Salvan Guillotin, expert en art roman. A l’intérieur, un Christ Pantocrator trône dans l’abside. Les couleurs sont assez vives. « Pas surprenant, commente Marc, c’est une copie. Comme dans les églises voisines, toutes du même style lombard, qui jalonnent la vallée ». La plupart des grandes fresques qui ornaient totalement les murs ont en effet été déposées à partir de 1920 pour empêcher qu’elles ne soient arrachées et mises en vente, aucune loi n’existant alors pour protéger ce patrimoine. Ce qui est bien dommage car cela aurait peut-être évité que certaines peintures ne se retrouvent aujourd’hui au musée de Boston…
C’est au Musée National d’Art de Catalogne (le MNAC), à Barcelone, qu’il faut absolument admirer, parmi les trésors remarquables de la culture catalane, ces originaux transférés sur des supports ou des maquettes géantes qui les replacent dans leur environnement architectural. La Catalogne a, dans ce domaine, opté pour un mode conservation original, différent des autres pays européens où les œuvres restent in situ sous haute protection.
L'image tenait lieu d'enseignement
Mais ces copies fidèles que l’on trouve à Santa Maria de Taüll et dans les autres églises de cette remarquable route du roman européen, ne nuisent pas au charme unique du Vall de Boi, une vallée rurale et tranquille, parmi les plus belles de la cordillère pyrénéenne. Ces fresques nous parlent d’une époque lointaine, les XIe et XIIe siècles, où l’image tenait lieu d’enseignement religieux à travers des scènes de l’Ancien Testament comme le meurtre d’Abel par Caïn, ou des illustrations du Nouveau, tel ce coq qui rappelle le reniement de saint Pierre et le pardon du Christ…
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On est toujours surpris de la naïveté et même de la maladresse de ces représentations. Surtout si on les compare avec les fresques de Pompéi ou la maîtrise des peintures des vases grecs. Ici, on dirait un peu des dessins d’enfant. C’est qu’à l’époque romane, on ne sait plus représenter le corps humain comme dans l’Antiquité. On a oublié. On préfère le mobilier qui se transporte aux fresques et statues décoratives. A San Joan de Boi, un bestiaire fabuleux décore les parois : un éléphant, un chameau. Comment sont-ils arrivés là ?
Le mystère demeure parfois. Chaque église a ainsi ses trésors. L’un des plus surprenants est certainement le groupe sculptural de la Descente de Croix de Santa Eulalia d’Erill-la-Vall. Il s’agit de sept statues grandeur nature découvertes il y a un siècle sous un autel, avant d’être oubliées dans la poussière du clocher. Une copie parfaite en reconstitue la disposition sur une poutre de gloire à l’entrée de l’abside, les originaux étant répartis dans les musées de Vic et du MNAC.
Ambiance de village
Il est 20h. Assis sur le banc du petit hôtel qui fait face à l’église, nous contemplons le campanile illuminé qui nous fait face dans le silence de cette fin de journée. C’est le plus beau clocher de la vallée. Au loin, l’écho de quelques paroles échangées au moment de fermer les volets. Le miaulement du chat qui vient se laisser caresser avant de disparaître dans le dédale des petites rues aux maisons resserrées.
Ce soir nous dînerons dans ce petit hôtel, La Plaça, de potée catalane et de morue confite accompagnée de crème d’asperges. En compagnie de notre hôte qui met un point d’honneur à recevoir les étrangers qui savent apprécier les charmes de son village, Erill-la-Vall. Puis nous nous endormirons dans la sérénité retrouvée d’une petite chambre au charme désuet et propret, avec dans l’esprit, les merveilles rencontrées dans cette vallée. |
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