L’hiver parisien est là, moins propice, pour quelques semaines, aux balades sur les quais ou les grands espaces si chers aux flâneurs. L’occasion pour ceux qui n’ont pas renoncé à profiter des charmes de la capitale de (re)découvrir l’univers intimiste des passages couverts, à l’abri du vent ou de la pluie.
Il y a deux siècles, en 1786, les passages couverts voient le jour avec les galeries de bois du Palais Royal, ancêtre de ces lieux de rendez-vous que l’on voulait, avec cette forme inédite d’architecture, maintenir à l’abri des intempéries. Au début du 19e siècle les passages se multiplient et connaissent un véritable «boom».
Dans les années 1850, Paris compte jusqu’à 150 passages. Ces lieux choisis avec leurs ciels de verre se prêtent à la marche paisible et nonchalante préservée de la cohue. Ceux du 2e arrondissement en particulier méritent une mention à part. Ils furent surtout fréquentés à l’origine par le Paris populaire, celui raconté par Victor Hugo puis par Céline, avec pickpockets à l’affût du bourgeois, artistes plus ou moins marginaux et femmes de petites vertus.
Le grand souk de la fringue !
Chaque passage a son charme propre, son histoire ou sa particularité. Celui du Grand Cerf est un des plus élevés de la Capitale, celui de la Trinité fut l’ancien quartier général des péripatéticiennes. Le passage du Caire attise les fantasmes liés au Paris médiéval des coupe-gorge et des bas quartiers. Ici se tenait la Cour des Miracles, repaire de voleurs et de truands qui s’égayaient le jour dans les beaux quartiers.
La nuit tombée, elle devenait le théâtre de «miracles» en tout genre: les aveugles recouvraient la vue, les culs-de-jatte se mettaient à gambader. Aujourd’hui ce passage fait le bonheur des accros de la sape puisqu’il donne sur le Sentier, royaume du prêt-à-porter. Ça bouge, ça se bouscule… Portants, diables et chariots sont poussés et tirés entre magasins et entrepôts.
|
C’est le grand souk de la fringue qui bouillonne avant de retom ber, la nuit, dans un silence total où l’on entendrait une mouche voler. Le passage Ponceau marque le monde de la confection avec quelques fast-foods de-ci de-là qui font partie du décor. Le passage Sainte-Foy enfin fréquenté par des dames parfois avenantes, précède le passage Lemoine à l’autre bout d’une pérégrination à travers le paris effervescent et populaire. Passé la rue d’Aboukir, là où elle rejoint la rue Montmartre, on accède aux quartiers situés à l’ouest du 2e arrondissement où règnent l’élégance et le raffinement.
Des allures de décors de théatre
La galerie Vivienne en est le passage emblématique avec ses boutiques, ses galeries d’art et ses salons de thé. Tout est beau, entre le parterre de mosaïques colorées et une splendide verrière. Parallèle à la galerie Vivienne c’est la galerie Colbert qui offre une belle perspective et une statue de Vénus placée sous sa rotonde.
Toujours à l’ouest du 2e arrondissement, près de l’avenue de l’Opéra, le passage Choiseul est marqué par l’activité théâtrale des Bouffes parisiennes. Ce passage hébergea Alphonse Lemerre, l’éditeur du poète Verlaine, et le romancier Céline y situa le cadre du début de son roman «Mort à crédit» qu’il baptisa «passage des Bérézinas». Jouxtant le boulevard Montmartre, c’est le passage des Panoramas qui fut le premier lieu public parisien éclairé au gaz. Il fait la part belle aux collectionneurs de timbres et de cartes postales.
Le passage des Princes, quant à lui, présente des allures de décor de théâtre et mérite le détour pour son joli dallage quadrillé, sa longue verrière aux armatures Art déco et sa belle série de lampadaires. Fin de parcours en attendant le retour de la belle saison. Les flâneries dans les passages couverts sont sources de découvertes inattendues et de rencontres insolites. Aussi, avant l’arrivée du printemps, on ne saurait bouder son plaisir sous le ciel lumineux des verrières parisiennes.
|